de Guillaume Perrotte

Guillaume Perrotte a 42 ans, il est cinéaste publicitaire. Passionné de sexe et de littérature, il consacre une œuvre remarquée aux problématiques de l'hypersexualité dans le couple (Proposition perverse, Sex addict, Un amour trop mortel, Vengeance conjugale)
Pour le Blanche Mag, il nous fait partager son engouement pour 6 ouvrages... que voici!




LUNES DE FIEL
Pascal Bruckner
Huis clos fielleux à bord d’un paquebot, où comment l’auteur de cette histoire sulfureuse à l’extrême s’interroge sur le couple, à savoir s’il est possible d’esquiver l’ennui par les-de-fiel.jpg’adoration, la lassitude par l’érotisme.
Bravo à Bruckner d’avoir réussi, grâce à son style flamboyant et haut en couleur, à donner (presque) envie au lecteur de s’adonner aux pratiques sexuelles les plus inavouables ! Extrait : Elle m’inonda entièrement, me tenant la tête serrée entre ses genoux, m’obligeant à boire ses bontés liquides à longs traits jusqu’à satiété. Je crains de ne pouvoir rendre l’émotion qui me prit alors : ce fut une commotion, un ébranlement de tous mes nerfs, un coup dans mon cerveau. Je n’avais pas connu jusque-là de jouissance plus sublime : cette cataracte d’or qui coulait drue, impitoyable, me fouettait la peau, bouchait mes narines, brûlait mes yeux, m’enveloppait sous une nappe chaude où je baignais, souillé, meurtri, plein de cet élément qui laisse dans le palais la saveur aigre de l’échalote… Stop ou encore ? Je vous conseille de continuer !
Le film qu’en a tiré Roman Polanski n’est pas mal non plus, même si son adaptation cinématographique est bien sûr beaucoup moins charnellement explicite que le roman. Ce grand cinéaste n’a pas attendu de porter un bracelet électronique pour déclencher chez les spectateurs quelques triques troubles !
A des degrés divers, ce récit passionnel de Pascal Bruckner (d’une rare perversité mentale et physique) fascinera autant les « jeunes » que les « vieux » couples. Il ne laissera en tout cas personne insensible… Roman à lire de préférence durant une lune de miel !




CRASH ! 
    
J.G. Ballard
Ce roman apocalyptique célèbre les noces rouges de la chair et du métal. On y fait autant l’amour dans les voitures qu’avec les voitures, le point G de la plupart de ces coïts technologiques surgissant de l’accident lui-même.
Encore un roman adapté au cinéma, et pas par n’importe qui : le génial (mais inégal) David Cronenberg, à qui l’on doit pas mal de films détraqués basés sur les métamorphoses organiques dont Le festin nu, adapté d’un certain… William Burroughs. Du très lourd, quoi…
« Au programme, orgasme des torsions de la tôle, pénétration jouissive de la barre de direction dans la cage thoracique, caresses lubriques sur des cicatrices monstrueuses, pâmoisons affolées devant les prothèses d’une belle infirme (Rosanna Arquette), branding des aciers dans les chairs, décapitations, traumatismes mortels ! » (Studio).
Personnellement, j’ai commencé à me poser de sérieuses questions sur ma sexualité profonde quand certains passages m’ont provoqué des érections intempestives ! Tout cela pour rassurer le lecteur le plus consensuel dans sa libido juste au cas où il aurait soudain une congestion pénienne à la lecture de ce roman indubitablement… sain et équilibré !









LES 120 JOURNÉES DE SODOME

Sade

Hallucinante Bible du mal écrite par le satanique Marquis depuis sa cellule de la Bastille…
Père Sade a d’ailleurs un petit message pour nous autres, pauvres pécheurs :
« C’est maintenant, ami lecteur, qu’il faut disposer ton cœur et ton esprit au récit le plus impur qui ait jamais été fait depuis que le monde existe, le pareil livre ne se rencontrant ni chez les anciens ni chez les modernes. Imagine-toi que toute jouissance honnête ou prescrite par cette bête dont tu parles sans cesse et que tu appelles nature, que ces jouissances, dis-je, seront expressément exclues de ce recueil et que, lorsque tu les rencontreras par aventure, ce ne sera jamais qu’autant qu’elles seront accompagnées de quelque crime ou colorées de quelque infamie… »
Vous ne serez plus jamais le même après avoir ouvert et mis le nez dans cette œuvre traumatique, écrite par le plus méphistophélique des sexophates de tous les temps.










LA CONFESSION IMPUDIQUE

Junichirô
Tanizaki
Un professe
ur d’université, à l’âge du démon de midi, n’arrive plus à satisfaire les exigences de sa femme plus jeune que lui d’une dizaine d’années et dotée d’un tempérament excessif. Après avoir essayé divers excitants, il s’aperçoit que la jalousie est pour lui un incomparable stimulant. Il fait tant qu’il jette sa femme dans les bras du fiancé de sa fille…
Cette histoire finira hélas assez mal pour ce malheureux prof gentiment pervers, qui retrouvera pourtant (un temps) une verdeur physique grâce à ses immorales incitations conjugales.
Passionnante
histoire de couple (écrite en 1956 sous la forme d’un journal dans un style chaste et pudique, qui n’exclut pas un érotisme lancinant), où l’époux focalise toutes ses pulsions troubles sur l’être aimé, comme s’il recherchait inconsciemment à vivre une histoire extraconjugale avec sa propre épouse en la faisant prendre par un autre homme tout en la magnifiant, en l’idéalisant, en la fantasmant psychiquement au maximum jusqu’à la déraison à travers cet autre, plus jeune et viril, quitte à en mourir, l’époux cocu manipulant en secret, tel un maître soumis, cet autre et sa femme pour leur plus grand plaisir commun.
La jalousie est le moteur lubrique de ce récit dépravé, pour le meilleur et pour le pire. Je reste intimement convaincu que la jalousie est essentielle au bon fonctionnement d’un couple, surtout quand il commence à prendre une certaine maturité. Je pense-là à une jalousie relative, constructive et non destructive, la difficulté étant bien sûr de doser ce se
ntiment fort en piment charnel, et de savoir stopper pile au bout moment les digressions libertines.
Il s’agit d’un roman-journal à deux voix ; celle de l’époux, celle de l’épouse. Exemple :
L’homme : Un mari qui n’a d’autre désir que de voir dans sa silhouette coutumière la femme avec laquelle il a coutume de vivre est peut-être moins attentif qu’un autre à ces choses.
La femme : J’ai pour mari un homme qui ne convient pas à ma nature, un homme que j’ai en aversion. Ah ! si à la place j’avais Kimura pour époux… Voilà les réflexions qui me font soupirer tant de fois chaque jour.
Cérébral, délicat, cruel, subtilement déviant. Japonais, quoi, ce roman de Tanizaki !
A noter ce que ce roman a également été adapté à l’écran par le cinéaste italien Tinto Brass, à qui l’on doit Salon Kitty et surtout le fumeux Caligula. Cette confession impudique-là ayant été interprétée par l’excitante Stefania Sandrelli et exploitée au cinéma en 1983 sous le titre La clé (La chiave).




LE POINT D'ORGUE
Nicholson Baker
Délirant roman érotique (trop méconnu), à la fois drôle, original et exhortant. Des situations incroyables et torrides.
« Nicholson Baker vient d’écrire ici la fable d’un voyeur. Fable tendre d’un voyeur absolu que la vue d’un corps émerveille, et fable follement drôle d’un homme que son pouvoir ouvre à tous les fantasmes : on le découvre ainsi caché dans un panier à linge, ou rêvant encore aux orgasmes tonitruants d’une femme sur sa tondeuse à gazon ! Mais ce récit aigre-doux d’un plaisir cérébral et solitaire dissimule aussi une réflexion amusée sur l’impatience et l’attente, les retards et les accélérations dont l’érotisme se nourrit. Et cette manière de temps est bien plus riche que l’immédiateté de l’abandon que courent les pornographes. » (Renaud Hugo, Infomatin).
A bon entendeur, salut ! Et comme l’a jadis confié Alfred Hitchcock à François Truffaut : nous sommes tous des voyeurs…









VERS CHEZ LES BLANCS

Philippe Djian
Rien que la photo de cette fille lascivement assise de dos avec ses fesses apparentes et ses pieds érogènes (sur la jaquette de la première édition grand format Gallimard) ; rien que cette photo noir et blanc de Bettina Rheims, donc, mérite que l’on se procure cet ouvrage de Djian dans cette impression originale, roman aussi tordant qu’excitant.
Après quelques publications un peu passées à l’as et un poil molles du genou, Djian revenait en force en 2000 avec ce « porno » dopé à la testostérone, sorte d’hommage détourné à l’un de ses auteurs fétiches : Henry Miller.
Pari réussi. C’est souvent paillard et graveleux, parfois grave et profond, toujours caustique, et certaines situations sexuelles sont vraiment à se tordre de rire.
Encore une histoire d’écrivain qui se prend la tête, et pas seulement la tête !
Extrait d’un dialogue, hautement philosophique :
- Il est doué pour écrire les scènes de cul, c’est assez rare…
- Oui, je dois avouer qu’il me sidère. Il ne se rend même pas compte à quel point il est bon dans ce domaine… En général, c’est un sujet que tout le monde évite et les quelques-uns qui veulent s’y risquer se cassent la gueule. C’est comme avec une voiture de course : les trouillards freinent avant le virage et les gros bras foncent droit dans le mur. Moi, il y a plus de vingt ans que j’essaye… Alors, croyez-moi, quand il y en a un qui sort du lot, je sais le reconnaître. Et un écrivain qui a ce don a tous les autres.



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