Les auteures de Folies de Femmes (2)

À l'occasion de la sortie du dernier livre de nouvelles érotiques des Editions Blanche, le Blanche Mag avait invité le mois derniers des auteures du recueil à nous donner leur définition de la « folie amoureuse ». Emmanuelle Poinger, Clara Basteh, Ninon de B., Anne Bert, Elizabet Herrgott et Andréa Luccella s'étaient prises au jeu.

Ce mois-ci, retrouvez la suite de ces témoignages avec réponses de Servane Vergy, Rebecca Solis et Valérie Boisgel :



  • SERVANE VERGY:
 « être capable de construire un univers parallèle, éphémère, pour redevenir ensuite, un être nouveau »
Y a-t-il une façon féminine de concevoir la folie amoureuse ? L’excès, qu’il soit de désir ou de sentiments, a-t-il un sexe ? Y a-t-il des fantasmes typiquement masculins ou féminins ? « L’écriture féminine » dont on parle si souvent, n’est-ce pas un terme réducteur pour parler de l’écriture tout court ?
Pour moi l’écriture, sans tabous, n’a pas de sexe. Elle est, comme la sexualité et le monde onirique des fantasmes, l’un des derniers espaces d’expression et de liberté qu’il nous reste. On me dit souvent que j’écris comme un homme, que je rêve comme un homme… et que mes désirs sont violents, masculins. Au fond, je pense que l’essence de la création artistique est de refuser l’opposition hommes/femmes.
Les « Folies de femmes » m’ont permis d’exprimer à travers une nouvelle, une petite part d’un imaginaire, à un moment M. C’est l’essence même de la folie et de la liberté : être capable de construire un univers parallèle, éphémère, pour redevenir ensuite, un être nouveau, et recommencer éternellement d’autres rêves.
J’espère que vous prendrez autant de plaisir à lire nos nouvelles, que nous avons eu de plaisir à les écrire.

  • REBECCA SOLIS
 « un amour qui s’affranchit jusqu’à l’hérésie faisant fi de toute convention religieuse ou morale et ce jusqu’à l’aliénation de soi en l’autre ou de l’autre en soi »
Un dictionnaire français de renom donne une définition désuète de la folie que l’ouvrage Folies de femmes restaure pourtant et illustre au fil des pages : « folie » renvoyait autrefois à l’amour et au désir, comme si le péché de concupiscence était nécessairement le symptôme d’un trouble du corps et de l’âme ! Et en effet, qu’est-ce donc que la folie amoureuse sinon un amour qui s’affranchit jusqu’à l’hérésie faisant fi de toute convention religieuse ou morale et ce jusqu’à l’aliénation de soi en l’autre ou de l’autre en soi ?
Délectez-vous donc à la lecture de ces femmes en folie, mais prenez garde néanmoins que ce désordre lascif qui corrompt la chair et l’esprit ne soit, à l’instar de ces maladies vénériennes, un mal délicieusement contagieux !

  • VALERIE BOISGEL
 « J’ose écrire mes fantasmes fondus et malaxés avec ma vie amoureuse, qui surgissent en moi sans crier gare, et, au bout de mon stylo, les mots s’alignent et prennent possession de moi, de mon corps…»
Ce qui est merveilleux dans la littérature érotique est que tout est possible !  Tout est possible d’écrire, de nos fantasmes les plus exorbitants aux plus romantiques…  On ne veut pas parler de l’érotisme, de la relation sexuelle, sauf en prenant d’énormes précautions pour ne pas « choquer et déranger » la morale, le puritanisme de beaucoup de nos concitoyens… Lesquels abandonnent nos enfants, vissés devant leur ordinateur pour aborder l’éducation sexuelle en s’imbibant d’images pornographiques, vulgaires, machistes et sans amour et en les mettant en pratique auprès de nos jeunes filles qui rêvent de romantisme… et qui sont si choquées ! C’est grave.

L’érotisme fait partie de la vie, de notre vie intime… Mais il est toujours considéré à l’aube du XXI siècle comme tabou ! Alors que, paradoxalement, depuis la naissance de l’écriture à nos jours,  la relation sexuelle est mise à nu dans nos lectures.  De Gilgamesh (vers l’an 3 000 avant J.C)
 … Et Lajoyeuse
 D’écarter ses voiles
 Et de se découvrir le sexe,
 Pour qu’il y prît sa volupté,
 Sans crainte de l’épuiser.
 Quand elle eut laissé choir son vêtement,
Il s’allongea sur elle
Et elle lui fit, à ce sauvage,
Son affaire de femme,
Tandis que, de ses mamours,
 Il la cajolait.
Six jours et sept nuits,
Enkidu, excité,
Fit l’amour à Lajoyeuse ! »  

A Verlaine :
« …Même quand tu ne bandes pas,
Ta queue encor fait mes-délices
Qui pend, blanc d’or, entre tes cuisses,
Sur tes roustons, sombres appas. »

Aujourd’hui, de plus en plus de femmes déchirent le voile de l’hypocrisie en écrivant sur l’amour… Et c’est tant mieux !

Aussi j’ose écrire mes fantasmes fondus et malaxés avec ma vie amoureuse, qui surgissent en moi sans crier gare, et, au bout de mon stylo, les mots s’alignent et prennent possession de moi, de mon corps… La tension où je me trouve alors s’imprègne dans les situations que je crée et je me laisse envahir par une douce et brûlante excitation… 

« La vieille maquerelle de Lawina » existe bien. Grâce à mes rencontres avec des femmes marocaines, j’apprends, depuis quatre ans que je vis dans leur pays, dans les régions rurales où vit plus de 80% de la population, que malgré les tabous, les traditions culturelles bien ancrées, et les hommes machistes, pour qui la femme sert uniquement de réservoir à déverser leurs envies, des femmes marocaines dépassent l’interdit et osent ! Elles osent parler et agir et savourer  la douceur des caresses à l’orgasme qui bouleverse…

« Folies de femmes » ! On pourrait penser au premier abord que les femmes sont folles ! Si on fouille dans notre mémoire, nous avons été habituées à entendre « l’amour fou »,  et cela devient masculin. De Breton à Eluard, en passant par Aragon, les hommes ont sublimé l’amour pour la femme, comme si cet amour fou leur était réservé ! Et les femmes alors ? Objets de leur plaisir et de leurs fantasmes se taisaient…
Aujourd’hui, elles se prennent en main et décident de plus en plus de parler de leurs relations sexuelles, de leurs rêves, de leurs fantasmes. Certaines de l’écrire comme une passerelle tendue et accessible à nous toutes. « Je suis folle de toi »  cela fait presque bizarre à l’entendre… « Je suis folle de lui » chante Céline Dion pour un homosexuel… Notre parole est sacrée. C’est un pas en avant vers notre liberté de penser. Et la plus belle chose à vivre n’est-elle pas la liberté au féminin ?

J’aimerai échanger avec vous qui venez sur notre site : un échange d’idées, d’envies, de plus encore, puisque, ici, tout est possible ! Un partage important qui éloigne de la solitude. Et qui nous fait grandir.
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