Mélanie Muller interviewée par Guilllaume Perrotte

Dans votre nouveau roman Hôtesse, votre héroïne est de nouveau une sorte de victime sexuelle. Votre thème de prédilection est-il définitivement celui de la soumission ?


 

Soumission à son propre désir alors, lorsque les passions qu'on éprouve prennent le dessus sur la raison. J'aime, en effet, explorer les passions les plus noires de l'âme ; ce thème est-il définitif ? Je ne sais pas. Etant moi-même une âme torturée, j'aime à piocher dans mes émotions vécues pour raconter une histoire, quelle qu'elle soit. Si ma vie affective devient un jour un peu moins chaotique, j'écrirai peut-être des livres pour enfants... qui sait ?

 


 
Cette soumission thématique ne cache-t-elle pas une tendance à la domination ?
Appelez-moi Maîtresse Mélanie....  Non, non, torturée mais pas dominatrice, je suis une amoureuse fleur bleue, je garde les rapports de force pour mes personnages de roman, ainsi je vis un peu par procuration mes instincts les plus...vils. Ah! magie de l'écriture, quand tu nous tiens....
 
Pour Hôtesse, dont l'écriture est littéraire, votre approche est quasi journalistique. Avez-vous mené un travail d'enquêtrice ?
Tout à fait. Je parle de la prostitution "cachée" en France, j'ai voulu dénoncer un fait bien réel. J'ai donc interrogé des jeunes filles "barmaid" et des clients de bar. Mon livre n'est pas érotique, dans le sens où je n'y fais pas l'apologie du sexe, bien au contraire. Toutefois, le sexe est omniprésent, ce qui me vaut d'être relayée dans le "rayon X" de la Fnac. Il n'y a que la vérité qui fait mal....

 
Cette prostitution indirecte, vu la crise actuelle et l'argent "facile" que ce job nocturne génère, va-t-elle se démocratiser chez les jeunes femmes les moins aptes à s'en sortir professionnellement ?
Je ne suis pas ethnologue, mes écrits se basent sur des sentiments concrets, du vécu, je ne fais pas de spéculations, je ne prévois pas l'avenir. La prostitution a toujours existé, elle existera encore longtemps. Ce que je veux pointer du doigt, ce sont les proxénètes. Ceux qui abusent de la naïveté de certaines jeunes femmes. "Argent facile", qui y croit ? On avance dans la technologie et on reste au plus bas niveau dans le respect de l'autre. Une pute reste une pute, le client est roi... ah bon ? Le roi de quoi, qu'on m'éclaire...


Quelle est la part de réalisme dans vos romans ? (Ou d'imagination)

Mystère... Le vécu est une bonne source d'imagination. De là à donner des pourcentages... de 1 à 100 % de réalisme, au gré des pages... 
 
Laure fréquente, de part son job d'hôtesse, le pire des mâles sans jamais prendre le moindre plaisir - ce qui en soit n'est pas anormal, bien qu'elle soit tout de même un poil attirée par toute cette répulsion organique. Auriez-vous toutefois un petit compte personnel à régler avec les hommes ?!
Non. Des comptes à régler, j'en ai envers ma mère, mon père, le père de mon fils, des meilleurs amis, des ex-amants, envers moi-même également. Des comptes à régler, tout le monde en a ; je n'utilise pas la littérature pour parvenir à mes fins. Ce serait stupide. Ce serait une impasse. J'écris pour être bien, comme on irait se promener dans un parc un dimanche après-midi. J'écris pour être libre.
 

Quels sont les auteurs érotiques qui vont ont inspirés ?
Françoise Rey ! La première. Avec elle j'ai découvert et aimé la littérature érotique, sa façon d'écrire le sexe avec passion, de manier les mots crûs avec élégance et dextérité. Gil Debrissac ensuite, pour la fièvre que ses écrits m'ont apportée. Ou quand lire donne envie de faire l'amour... ( de se masturber, le cas échéant)
J'ai aussi beaucoup aimé Le Bonheur de Denis Robert. Entrer dans l'intimité d'un couple, je trouve cela excitant. J'aime être une voyeuse en lisant un livre érotique, j'aime être exhibitionniste lorsque j'écris.
 

Votre style est singulier. Quelles sont vos inspirations littéraires ?
J'aime les romans qui se lisent vite, les histoires dont on ne décroche pas, les livres qu'on lit en une nuit. J'aime Bukowski,
Duras, Orsenna, Claire Castillon, Amélie Nothomb, Yann Queffélec... ces auteurs-là me donnent envie de lire et d'écrire.
Mes inspirations littéraires sont nombreuses, mais puisque je fais partie d'une maison d'édition qui place l'érotisme et le sexe en premier, je plonge dans les livres de Françoise Rey, de Max Genève et d'Alina Reyes avec extase et assiduité. Et puis je plonge dans le coeur et le corps de mes amants aussi... Une source inépuisable quand on écrit des bouquins érotiques.
 

Comment vous situez-vous par rapport aux auteurs érotiques féminins actuels ?

J'espère être à la même place. Sous l'oreiller, entre le gode et la boite de préservatifs...
Sincèrement ? C'est le lecteur qui situe et qui classe. Qui nous porte en tête de gondole ou nous range au fin fond d'un grenier. Je ne me situe pas, j'écoute les critiques, je me remets sans cesse en question, j'essaye de plaire et de séduire avec mes moyens. Ecrire de l'érotisme, c'est une parade amoureuse, on veut prendre les lecteurs dans ses filets.
Les autres auteurs érotiques féminins actuels ? Des rivales, bien sûr, mais avec humilité. Je reste avant tout une fervente admiratrice de celles qui m'ont donné envie d'écrire.
 

Votre conception du sexe continue à être très noire. Ecrirez-vous bientôt un texte, disons, moins sombre et crépusculaire dans cette thématique ?
Peut-être. Peut-être pas. On ne change pas une équipe qui gagne...


Quels sont vos projets textuels ?
Des romans ! Du sexe, de l'amour, de la folie, encore et encore...
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